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Question d’égalité

le 1er avril 2006

par Gilles Marchildon, Directeur général d’Égale Canada

Poisson d’avril nous invite à voir au-delà de nos frontières

Les Pays-Bas se rendaient-ils compte, le 1er avril 2001, alors qu’ils devinrent le premier pays au monde à rendre légal le mariage entre conjoints de même sexe, que la date coïncidait avec le Poisson d’avril?

Cinq ans plus tard, le mariage « égal » est une réalité dans autant de pays. En plus des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Espagne et du Canada, on doit inclure les États-Unis. Même si l’état fédéral américain lutte contre ce progrès social, le mariage entre conjoints de même sexe est bel et bien légal au Massachusetts. Ce n’est peut-être qu’une question de mois avant que suivent le New Jersey et la Califournie, ainsi que d’autres pays comme l’Afrique du sud.

Il est opportun de jeter un coup d’oeil sur ce qui se passe au-delà de nos frontières pour trois raisons.

D’abord, il y a le 5e anniversaire de la loi néerlandaise.

Ensuite, on se prépare pour la conférence internationale « Le Droit à la différence » sur les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées (LGBT). Elle aura lieu en juillet dans le cadre des « OutGames ».

La troisième raison, c’est à cause du triste blocage pour empêcher la voix LGBT d’être entendue dans les corridors internationaux.

Qu’ont en commun les États-Unis, l’un des pays les plus puissants au monde, avec le Cameroune, la Chine, le Cuba, l’Iran, le Pakistan, la Russie, le Sénégal, le Soudan et le Zimbabwe?

Je vous épargne la recherche. Les États-Unis ont fait front commun avec ces pays pour voter contre l’entrée de deux groupes de gais et de lesbiennes au Conseil économique et social des Nations-Unies (ECOSOC).

« America », supposément le plus grand défenseur de la démocratie et de la liberté, s’est rangé dans le camp d’un autre ‘champion’ des droits de la personne, l’Iran, pour faire taire la voix des personnes LGBT.

L’association nationale danoise des gais et lesbiennes, ainsi que l’association internationale des gais et lesbiennes (connu par son acronym anglais « ILGA »), souhaitaient recevoir le « statut consultatif » dans l’ECOSOC.

Sans leur accorder le droit de vote, cela leur aurait néanmoins permis entre autres de distribuer des documents, tenir des réunions et occasionnellement, de prendre la parole - tout comme plus de 3,000 autres groupes.

Le 23 janvier dernier, les É.-U. appuyaient la recommendation formulée par l’Iran que l’on n’accorde pas aux deux associations le « statut consultatif ».

C’est donc dire que les É.-U. et l’Iran, ainsi que les autres pays mentionnés ci-haut, trouvent qu’il est bien trop dangereux et subversif de distribuer des documents et discuter des idées. Il fallait immédiatement freiner ça!

Un représentant du gouvernement américain a tenté d’expliquer la décision en disant que c’était à cause du passé de l’ILGA. Pourtant, cela n’explique aucunement pourquoi le groupe danois s’est fait claquer la porte au nez.

Il y a plus de dix ans, l’ILGA fut expulsé de l’ECOSOC. À l’époque, un grand débat avait lieu parmi les membres de l’ILGA à savoir s’il fallait accepter ou non la participation de NAMBLA (« North American Man/Boy Love Association », qui préconise les relations entre hommes et jeunes).

En 1994, l’ILGA expulsait la NAMBLA de ses rangs mais il était trop tard pour réparer les pots cassés. La droite religieuse américaine avait habilement exploité (et amplifié) le lien avec la pédophilie. Une énorme pression s’est faite et le gouvernement des É.-U. a poussé avec succès pour faire expulser l’ILGA de l’ECOSOC.

Ce fut un trop beau moyen pour faire taire la voix des personnes gaies et lesbiennes à l’échelle internationale. Depuis, notre communauté travaille d’arrache-pieds pour regagner notre place et de nouveau faire entendre notre voix.

Au fait, en 2002, les É.-U. appuyaient la réintégration de l’ILGA. Or, c’était à peine quelques mois après la présidence du démocrate Bill Clinton. Nous sommes maintenant sous le deuxième mandat du républicain de la droite religieuse, George W. Bush.

Évidemment, les groupes LGBT américains sont outrés. Une coalition formée de 40 groupes ont écrit à la Secrétaire d’État Condoleeza Rice pour exiger une explication. Or, l’administration américaine ne se donne même pas la peine de dire pourquoi elle a renversé la position prise, il y a quatre ans.

Et que dire du gouvernement canadien?

Nous avons un nouveau gouvernement Conservateur. Nonobstant leur statut minoritaire au Parlement, il peut quand même modifier la politique étrangère du Canada sans présenter de projet de loi ou obtenir l’aval de la Chambre des Communes.

Le Canada est un leader international dans la défense des droits de la personne. Le pays fait partie d’une petite poignée qui sont prêts à dénoncer les abus des personnes LGBT.

Tout en portant attention à ce qui se passe ailleurs, il faut être vigilants et surveiller ce qui se passe chez nous. La voix internationale des personnes LGBT passe par les voies des pays progressistes.

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