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Question d’égalité

1er octobre 2006

par Gilles Marchildon, Directeur général d’Égale Canada

La politique « rose » ou « arc-en-ciel »

De plus en plus et ce, à tous les niveaux au Canada, le rose - ou plutôt les couleurs de l’arc-en-ciel - colorent la politique.

Se faire représenter par un élu gai ou une élue lesbienne dans nos institutions démocratiques n’est plus exceptionnel, mais il semble y avoir un nombre croissant de politiciens et de politiciennes qui s’affichent ouvertement comme tels.

Il faudra certes attendre encore un peu pour la candidature d’une personne trans-identifiée, à la manière de Mme Vladimir Luxuria au Parlement italien ou de Mme Georgina Beyer en Nouvelle-Zélande. Entre-temps, on constate chez nous de nombreux élus gais.

Sur la scène municipale canadienne, deux candidats ouvertement gais se présentent à la Mairie de leur ville respective.

À Ottawa, l’ancien conseiller de ville Alex Munter se présente contre le maire sortant. Fait à noter : Monsieur Munter fut, en 1993, le premier conseiller de ville ouvertement gai à se faire élire à Ottawa. Il fut réélu à plusieurs reprises. L’année après sa sortie publique du placard, il se retrouva avec un autre conseiller gai; Stéphane Émard-Chabot.

Après son retrait de la politique municipal, Alex Munter fut, entre autres, le coordonnateur national du groupe Les Canadiens et Canadiennes pour le droit égal au mariage (CCDÉM).

Monsieur Munter a chapeauté les efforts de cette coalition avant l’adoption, en juillet 2005, du projet de loi fédéral légalisant le mariage entre conjoints de même sexe partout au Canada. Dès que la sanction royale fut accordé, le groupe CCDÉM a fermé ses portes. Mais il a dû les rouvrir quelques mois plus tard avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Celui-ci s’est en effet engagé à présenter une motion cet automne à la Chambre des communes visant à demander aux député(e)s s’ils veulent revoir la question du mariage.

À Winnipeg, un ancien journaliste et militant de la cause du transport en commun, Kaj Hasselriis, va tenter de ravir le poste au maire sortant.

Ironie du sort, lui aussi a travaillé au CCDÉM, à titre de coordonnateur des communications, bien que pas en même temps que Monsieur Munter.

S’il est élu Maire de Winnipeg, Monsieur Hasselriis ne sera pas le premier maire gai de la ville. Glen Murray fut élu et réélu comme conseiller de ville et ensuite comme maire. Au fait, il s’agissait de la première grande ville canadienne à élire quelqu’un d’ouvertement gai.

D’autres villes ont eu des conseillers municipaux gais, tel que Kyle Rae à Toronto, Michael Phair à Edmonton et Tim Stevenson à Vancouver (après son passage en politique provinciale).

À Ottawa, capitale fédérale où se trouve le Parlement, il y a déjà longtemps qu’on constate la présence d’élus ouvertement gais ou lesbienne (au singulier). Lorsque l’ancien député Svend Robinson fut le premier à faire sa sortie du placard en 1988, la nouvelle fit aussitôt la une de tous les médias. Il a ouvert la voie à Réal Ménard du Bloc Québécois, aux néo-démocrates Libby Davies et Bill Siskay, ainsi qu’aux Libéraux Scott Brison et Mario Silva qui siègent tous présentement à la Chambre des Communes.

Du côté provincial, deux provinces comptent aujourd’hui des membres du Conseil des ministres qui sont ouvertement gais. Jim Rondeau est Ministre de l’Industrie et du Développement économique du Manitoba tandis que George Smitherman en Ontario occupe le poste-clé de Vice-premier ministre en plus de celui de Ministre de la Santé et des Soins de longue durée. Monsieur Smitherman n’est pas le seul autour de la table du Conseil des ministres ontarien à être né sous l’arc-en-ciel. Sa collègue Kathleen Wynne vient récemment d’être nommée Ministre de l’Éducation et devient alors la première femme ouvertement lesbienne à prendre place à la table du Conseil des ministres.

Bien avant, au Québec, André Boulerice et Agnès Maltais ont siégé à l’Assemblée Nationale et même au Conseil des ministres.

En Colombie-britannique aussi, il y a déjà eu des membres ouvertement gais de la législature : Lorne Mayencourt, Tim Stevenson et Ted Nebbeling. Les deux derniers ont également été ministres.

Au Canada, deux chefs de partis politiques s’affichent, soit André Boisclair du Parti Québécois et Allison Brewer qui dirige le Parti néo-démocrate du Nouveau-Brunswick.

Bref, il y a maintenant de plus en plus de politiciens « arc-en-ciel » et l’orientation sexuelle des député(e)s n’attire plus autant attention.

La droite religieuse y verra sans doute la preuve que le « lobby gai » cherche à prendre le pouvoir, une ville à la fois.

Pour la plupart des électeurs, cependant, l’orientation sexuelle n’est plus une question décisive et plusieurs n’y attachent aucune importance. Ils vont davantage se pencher sur le programme électoral et la réputation des candidats. Voilà toujours un pas de plus vers l’égalité sociale.

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