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Carrefour de l’orientation sexuelle et de l’origine ethnique

Comprendre la vie des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et transgenres (GLBTT) de couleur ainsi que bi-spirituelles

Document de recherche

le 24 août 2001
préparé pour ÉGALE Canada (organisme canadien voué à la promotion de l’égalité et de la justice pour les gais, les lesbiennes, et les personnes bisexuelles, transsexuelles et transgenres, ainsi que leurs familles)
Wayne van der Meide, LL.B., LL.M. Avocat et notaire
ÉGALE Canada remercie de son appui financier le Programme du multiculturalisme du ministère du Patrimoine canadien
On peut reproduire le présent rapport, en partie ou en totalité, pourvu que l’on mentionne l’auteur, Wayne van der Meide, ÉGALE et les bailleurs de fonds.

Historique du projet de recherche

Le directeur général d’ÉGALE, John Fisher, a participé au deuxième comité préparatoire de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance connexe, à Genève au printemps de 2001. M. Fisher et d’autres représentants d’organismes à vocation similaire ont alors créé un comité sur l’orientation sexuelle, la discrimination multiple et l’intolérance connexe. La réunion du comité a attiré plus de 40 participants provenant de plus de 20 pays.

Ce qu’ils disent

Comment ÉGALE peut-il combattre le racisme systémique?

D’abord en reconnaissant que les communautés gaies ne sont pas toutes blanches, puis en entamant un dialogue avec les dirigeants de la collectivité noire.1

Le présent document constitue la seconde étape de ce que ÉGALE tient pour un processus à long terme destiné à mieux connaître la vie et les vues des Canadiennes et des Canadiens gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et transgenres (GLBTT) de couleur ainsi que bi-spirituels. En continuant de travailler avec les personnes GLBTT de couleur, les personnes bi-spirituelles et les organismes qui répondent à leurs besoins, ÉGALE espère mieux défendre la dignité et l’égalité des personnes GLBTT et des personnes bi-spirituelles au Canada.

Les défis et les avantages de la collaboration

Audre Lorde aurait dit que « travailler en coalition n’est jamais facile; si ce l’est, c’est que vous le faites mal ». La difficulté vient notamment du fait qu’on ne peut jamais tenir une identité commune pour acquise, et qu’il faut négocier, voire contester des intérêts et des objectifs communs. Travailler en coalition doit être un processus d’éducation réciproque et de ré-éducation destiné à désapprendre la mentalité d’oppression, à éliminer le joug colonial qui a transformé un si grand nombre en assiégés pendant tant d’années. Le processus et le combat sont continus.

ÉGALE et moi reconnaissons notre manque d’expérience au sein de la communauté d’individus et d’organismes qui travaillent à mieux connaître les vues des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles au Canada, et à mieux répondre à leurs besoins. Aussi croyons-nous qu’il faut faire part de certains des principes et objectifs du présent rapport.

La difficulté d’aborder la question des « personnes de couleur et bi-spirituelles »

Cela provient du mythe de la suprématie blanche et du regroupement simpliste des personnes sous la catégorie des « non-Blancs ». Ce genre de catégorisation est problématique à maints égards, notamment parce qu’elle ne tient pas compte du racisme entre groupes ethniques appelés « personnes de couleur ». Nous croyons cependant que malgré ses antécédents racistes, la catégorisation peut servir de fondement au travail de collaboration mutuelle, et de concept vivant plutôt que de catégorie fixe. Les concepts de personne de couleur et d’autochtone reposent sur le fait que nous avons tous cru au mythe de la suprématie blanche. Son emploi dans le présent rapport ne vise pas à appuyer la notion raciste selon laquelle toutes les personnes de couleur ont le même passé et la même culture, ou que nous vivons tous présentement le racisme de la même manière et au même degré. Autrement dit, l’emploi du concept reflète notre désir de participer avec d’autres organismes et individus au processus de définition de nos intérêts communs et à l’échange de nos forces et optiques. À cet égard, voici ce qu’a écrit Francisco Valdes :

La question ne concerne pas les perceptions, correctes ou erronées, des notions de similitude ou de différence, qu’elles soient jugées réelles ou non, mais plutôt ce que nous en faisons, c’est-à-dire comment nous interprétons la similitude et la différence, nous leur accordons une valeur culturelle, juridique, théorique ou politique, et nous travaillons ensuite à aplanir les différences dans un esprit de collaboration mutuelle.2

Reconnaître le travail qui se fait et le risque de l’appropriation

Flora Meyer-Cook, dans son rapport The Two-Spirit Papers : The Impact of heterosexism and homophobia on Inuit and First Nations People’s Lives, indique qu’une bonne partie du travail sur la vie des peuples des Premières nations a été effectué dans une optique anthropologique par des gens qui ne sont pas issus de ces collectivités.3 Cette recherche est intrinsèquement problématique, notamment parce qu’elle est toujours teintée des préjugés de la culture étrangère de l’observateur et qu’elle représente une appropriation des voix des peuples. Voici comment un jeune homme bi-spirituel décrit un incident survenu à une conférence à laquelle il assistait. Un Blanc a commencé à expliquer le concept de bi-spiritualité chez les peuples des Premières nations. Le jeune homme a éprouvé de la colère et du ressentiment non seulement parce que cela l’a forcé à se rappeler son vécu pénible en tant qu’homme bi-spirituel, mais aussi parce qu’il traversait le processus de découverte de sa propre identité en tant qu’homme bi-spirituel.4 Ces enjeux sont pertinents pour la majorité sinon la totalité des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles qui doivent s’éduquer sur des questions comme les vues de leurs collectivités ancestrales en ce qui a trait à l’orientation et à la diversité sexuelles (vues relativement favorables par rapport aux optiques européennes de l’époque).

Le présent rapport n’est pas à l’abri de ces défauts. Nous espérons néanmoins qu’ils seront tenus pour ce qu’ils sont, soit un effort d’inclusion du plus grand nombre de vues possibles de personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles.

Il importe aussi de respecter le travail accompli par divers organismes et individus au sein de leurs collectivités ancestrales. À cet égard, ÉGALE est reconnaissant envers les organismes suivants qui ont accepté de nous faire part de leur recherche.

2-Spirited People of the First Nations
43 Elm Street, 2nd floor
Toronto ON
Canada M5G 1H1
Téléphone : (416) 944-9481
Télécopieur : (416) 944-0541
Courriel : strategy@2spirits.com

Alliance for South Asian AIDS Prevention (ASAAP)
20 Carlton, Suite 126
Toronto ON
Canada M5B 2H5
Téléphone : (416) 599-2727
Télécopieur : (416) 599-6011
Courriel : asaap@asaap.ca
Site Web : www.asaap.ca

Black Coalition for AIDS Prevention (Black CAP)
790 Bay Street, Suite 940
Toronto ON
Canada M5G 1N8
Téléphone : (416) 977-9955
Télécopieur : (416) 977-2325
Courriel : men2gether@black-cap.com

Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR)
3465, av. Côte-des-Neiges, bureau 801
Montréal (Québec)
Canada H3H 1T7
Téléphone : (514) 939-3342
Télécopieur : (514) 939-9763
Courriel : crarr@sympatico.ca

Méthodologie

L’auteur

Le présent rapport a été rédigé par un homme gai qui se déclare de race mixte (Indo-Caribéen et Néerlandais blanc). Présentement avocat des droits de la personne au Canada, il a aussi travaillé en Afrique du Sud et aux États-Unis dans des domaines comme la discrimination basée sur le sexe, l’origine ethnique et l’orientation sexuelle.

Le comité consultatif

La recherche et la rédaction du document ont été supervisées par un comité incluant plusieurs personnes de couleur provenant de différents milieux ethniques raciaux (voir annexe 4).

Les sources

Le document se base sur diverses sources de renseignements.

  • Entrevues menées par le chercheur auprès de Canadiennes et de Canadiens GLBTT de couleur et bi-spirituels provenant de divers milieux ethniques.

  • Entrevues menées par le chercheur auprès d’organismes mis sur pied pour répondre aux besoins des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles.

  • Questionnaire (annexe 1) rempli par des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles.

  • Examen du matériel existant sur la vie et les vues des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles.

Le sondage

Le sondage contenait des questions liées à trois grands sujets : l’identité personnelle, la vie personnelle et les vues générales sur l’oppression et la discrimination ainsi que les relations familiales et communautaires.

Pertinence de la question de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle à la Conférence mondiale contre le racisme

Dans le monde entier, des personnes GLBTT sont incarcérées en vertu de lois qui s’immiscent dans la vie privée et qui criminalisent jusqu’au baiser. On les soumet à la torture pour obtenir des aveux de « déviance » ou on les viole pour les « guérir ». Elles sont abattues par des escouades de la mort dans des sociétés qui les tiennent pour des éléments « bons à jeter ». Les manifestations et le visage de la violence varient énormément. La vulnérabilité des GLBTT à la violence dépend aussi de facteurs comme le sexe, l’origine ethnique et le statut économique, lesquels influent sur l’accès des victimes à la justice.

Presque partout dans le monde, les vies des personnes GLBTT sont encadrées par un ensemble de lois et de pratiques sociales leur interdisant un droit égal à la vie, à la liberté et à la sécurité physique ainsi qu’à d’autres droits fondamentaux tels que la liberté d’association, la liberté d’expression, le droit à la vie privée, à un emploi, à une éducation et à des soins de santé. Si le degré d’institutionnalisation de la discrimination varie d’un pays à l’autre, les personnes GLBTT sont égales devant la loi presque nulle part.5

Ce qu’ils disent

Tout récemment, en mai 2001, en Égypte, au moins 55 hommes gais ont été arrêtés et accusés en vertu des lois sur la grossière indécence. Dans ce cas particulier, je crois que le gouvernement cherche tout simplement à calmer la colère de la population qui exige que le gouvernement prenne des mesures pour mettre un terme aux attaques de l’armée et du gouvernement israéliens, et détourner l’attention des revendications des Palestiniens. Le gouvernement égyptien, en collusion avec

les médias contrôlés par l’État, attise la ferveur de la population en revêtant ces arrestations d’un discours nationaliste et islamique. De cette façon, il est perçu comme un gouvernement qui prend au sérieux les soi-disant « influences étrangères » en s’opposant à la prolifération de « vices » comme l’homosexualité qui, dans l’esprit de nombre d’Égyptiens, sont le résultat d’influences européennes. Cette culture de l’autre et de dénigrement de l’Ouest sert à apaiser la population et permet à celle-ci d’éprouver un sentiment de supériorité par rapport aux Occidentaux.6

La persécution et l’égalité des personnes GLBTT et bi-spirituelles sont devenues, au cours des dernières années, des sujets de plus en plus reconnus et débattus à l’échelle internationale. La question a beaucoup retenu l’attention scène lorsque des pays membres de l’ONU ont interdit à l’Association gaie et lesbienne internationale de participer à la Conférence mondiale contre le racisme en tant qu’organisme non gouvernemental accrédité. L’exclusion est fort malheureuse car les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles ainsi que les conjoints de même sexe ont accès à peu de tribunes leur permettant de relater des expériences d’oppression complexe et multiple, et de discrimination basée à la fois sur l’origine ethnique et l’orientation sexuelle.

Ce qu’ils disent

Les principaux organismes GLBTT songent rarement à recruter des personnes de couleur ou bi-spirituelles pour siéger à des comités ou tout simplement pour devenir membres; ils se font également discrets dans la lutte contre le racisme.7

Aux débats sur l’inégalité des personnes GLBTT et bi-spirituelles, les questions d’origine ethnique et de racisme sont souvent passées sous silence ou reléguées au second plan. De nombreux groupes de revendication définissent « l’orientation sexuelle » et la discrimination connexe de manière à classer les personnes à l’aide de catégories discrètes et distinctes. Or, ce type de catégories ne tient pas compte de différences fondées sur l’origine ethnique.8 En outre, selon la position officielle de nombreux gouvernements de pays en voie de développement sur l’égalité des GLBTT, la question ne concerne que l’Occident ou, pire, les personnes GLBTT et les conjoints de même sexe posent des actes contre nature ou la loi divine. Ces deux exemples illustrent comment les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles sont obligées de scinder leurs identités ou vivre dans des sphères distinctes.

C’est pourquoi il faut considérer les expériences et l’oppression des personnes GLBTT dans leur ensemble. À défaut de tenir un tel débat, les personnes qui, partout dans le monde, vivent une oppression complexe ou multiple liée à la fois à leur origine ethnique et à leur orientation sexuelle continueront d’être muselées dans leur pays et comme membres de la société mondiale. Notre rapport aborde la vie et les vues de personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles au Canada. Nous espérons croire qu’il contribuera à mieux comprendre les obstacles que doivent relever les personnes qui vivent une oppression double liée à l’origine ethnique et à l’orientation sexuelle. De plus, nous espérons que le rapport fournira une certaine base sur laquelle élaborer des stratégies pour contrer les diverses formes de racisme.

Concept de l’oppression complexe ou multiple

Les lesbiennes n’ont pas et n’ont jamais eu le pouvoir que détiennent les gais. Toutes vivent non seulement l’homophobie mais aussi le sexisme—donc une double oppression par rapport aux gais de race blanche. Si ces femmes sont en outre de couleur (noires, autochtones, etc.), l’oppression est multiple.9

Les personnes GLBTT et bi-spirituelles ne subissent pas toutes l’oppression ou la discrimination de la même manière ou au même degré. Si elles sont sûrement toutes la cible d’homophobie et d’hétérosexisme, elles ne partagent toutefois pas la même identité. Ainsi, le Blanc gai et à l’aise ne subit pas la même oppression ou discrimination que la travailleuse lesbienne forcée de rester mariée à un homme pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants.

L’identité d’une personne ou d’une collectivité peut se révéler un privilège ou un désavantage. Cela dépend de la réunion d’un ensemble complexe de facteurs comme l’origine ethnique, le sexe, le statut économique, le pays d’origine, le lieu ou pays de résidence, les aptitudes physiques ou intellectuelles et la religion. Même au sein d’un groupe, la vie des personnes GLBTT et bi-spirituelles se réalise de façon différente. La notion d’oppression complexe ne date pas d’hier. En 1851, une Noire affranchie vivant aux États-Unis, Sojourner Truth, notait que le racisme et le sexisme qu’elle avait subis ne constituaient pas des questions clairement séparées. Sojourner avait été rabrouée par des femmes blanches qui ne voulaient pas « obscurcir » l’idée de droits universels (droit de vote, droit de propriété, etc.) en y associant la question de l’abolition de l’esclavage. Lasse d’entendre les revendications des Blancs, pour qui la « condition délicate » des femmes ne leur permet pas d’avoir une vie publique, elle déclare ce qui suit.

Regardez mes bras! J’ai labouré, planté et engrangé, et pas un homme ne m’a surpassée. Ne suis-je pas une femme pour autant? J’ai travaillé et mangé autant qu’un homme—quand je le pouvais—et j’ai aussi goûté au fouet. Ne suis-je pas une femme pour autant? J’ai donné naissance à treize enfants et ils ont presque tous été vendus comme esclaves. Lorsque j’ai crié ma peine de mère, seul Jésus m’a entendue. Et ne suis-je pas une femme pour autant?10

Ce qu’ils disent

J’ai eu de la difficulté à accepter mon homosexualité et j’ai dépensé beaucoup d’énergie à nier, à supprimer, à accepter puis à défendre mon identité ethnique. C’était, après tout, la plus visible tandis que je pouvais cacher mon homosexualité. Le double stress causé par le racisme et l’hétérosexisme externes et intériorisés a été un facteur déterminant dans le processus d’acceptation de mon homosexualité, que je vis ouvertement.13

Les gens ont un seuil de tolérance limité. Il n’y a rien de mal à être Noir pourvu qu’on respecte la norme (agir comme un Blanc hétérosexuel); pas plus qu’à être lesbienne d’ailleurs, pourvu que l’on agisse « normalement. »14

On ne peut combattre l’oppression et le désavantage qui l’accompagne sans en examiner les causes et les effets complexes et interdépendants dans une optique globale. Passer outre à ces enjeux complexes cause de réels ennuis aux personnes qui sont la cible d’oppression multiple. Par exemple, la violence motivée par la haine est une triste réalité qui menace plusieurs groupes de la société, y compris (mais certainement pas uniquement) les personnes de couleur, ainsi que les personnes GLBTT et bi-spirituelles. Si celles-ci sont victimes de violence, il est parfois impossible de déterminer si le motif d’une attaque est le racisme, l’homophobie ou une combinaison des deux.

C’est le cas de Julio Rivera, Portoricain gai de 29 ans qui, en 1990 à New York (dans Queen’s)11, a été attaqué et tué par trois membres d’un gang néo-nazi voué à la suprématie blanche. L’un d’eux a plus tard avoué que Rivera avait été tué « parce qu’il était gai ». La presse et la police ont passé sous silence l’aspect homophobe évident du crime, la police refusant même d’inscrire l’incident parmi « les crimes anti-gais ». En revanche, des militants ont dénoncé ce refus de la part de la police, arguant que le meurtre était précisément anti-gai, ainsi que l’attitude même de la police qui, selon eux, était marquée d’homophobie.

Une triste observation que l’on peut faire à la lumière de ces événements—le crime, l’enquête, la couverture médiatique presse et la réaction des militants—tient au fait que le débat engagé par les militants s’est concentré sur l’homophobie, et que la question du racisme a été reléguée aux oubliettes. La police et les médias ont usé de stéréotypes racistes pour désigner les hommes gais et les Latino-Américains, surtout pour dissimuler la question de l’homophobie. Rivera est devenu le stéréotype du pauvre Latino-Américain : toxicomane ou revendeur de drogue (lire : « décès typique et secondaire ») certainement trop macho pour être gai (lire : « trop mâle pour jouer le rôle de femme »). Darren Hutchinson se demande si la police portait les ornières de ses propres préjugés ou si elle a sciemment adopté un comportement raciste et homophobe. « La désignation essentialiste du crime par les militants de violence faite aux gais, plutôt que d’agression raciste et homophobe, a pu en fait inciter la police à se servir de l’origine ethnique de Rivera pour dissimuler son homosexualité (c’est nous qui soulignons).»12

Récemment, Abner Louima, Haïtien, a été brutalement attaqué et sodomisé (au moyen d’un bâton) par plusieurs policiers new-yorkais. John R. Keene rapporte ce qui suit

Selon les tout premiers comptes rendus médiatiques, Louima avait peut-être fréquenté un bar gai et que ses blessures, si graves qu’elles lui ont presque coûté la vie, étaient le résultat d’actes de sodomie répétés. En d’autres mots, (les policiers) tentaient d’imputer à une homophobie flagrante la responsabilité d’un un acte odieux de violence ethnique.15

Un ami se fait tabasser dans la rue. Comment savoir si c’est parce que l’agresseur en veut aux Indiens ou aux gais?16

Au Canada, en vertu de l’article 718.2 du Code criminel, les tribunaux sont tenus d’imposer des peines plus sévères pour de crimes motivés par la haine, y compris l’orientation sexuelle, le sexe et l’origine ethnique. De nombreux services policiers ont créé des unités de crimes haineux, chargés d’examiner les divers aspects complexes de la violence motivée par la haine. À l’heure actuelle toutefois, on ne compte pas encore de mécanisme national capable de recenser la fréquence des crimes haineux au Canada. De plus, la loi présentement en vigueur ne tient pas compte du fait que les crimes haineux se fondent souvent sur la convergence de plusieurs motifs de discrimination.

Ces exemples illustrent un autre point important : le concept de l’oppression multiple ne se limite pas à la prétention d’une plus grande oppression par rapport à d’autres groupes, même si cela est souvent le cas. Le concept reconnaît aussi le fait que les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles peuvent subir l’oppression basée sur l’orientation sexuelle différemment de celles qui ne sont pas la cible de racisme. Par ailleurs, à cause de ces différences, la dénonciation de l’oppression doit inclure toutes les sources d’oppression multiple.

Les personnes vivant une forme d’oppression multiple ont souvent un conflit d’identité. Elles sont forcées de créer des liens partiels et artificiels avec des groupes opposés, ce qui a pour effet de morceler leur existence. À cet égard, voici les commentaires de Richard Telfer.

Conerly maintient que la double identité de nombreux Afro-Américains gais et lesbiennes est une source de conflit parce qu’ils subissent le racisme de la collectivité gaie et lesbiennes, et l’homophobie des Noirs hétérosexuels. Conséquemment, nombre de gais, de lesbiennes et de personnes bisexuelles noirs se sentent rejetés par l’une ou l’autre collectivité. De plus, le conflit entre leurs identités s’intensifie souvent en raison du manque de chevauchement—ou parfois d’un antagonisme manifeste—entre « la culture gaie et lesbienne essentiellement blanche » et « la culture noire principalement hétérosexuelle ». Conerly explique que cette dichotomie plonge les gais, les lesbiennes et les personnes bisexuelles de race noire dans un dilemme : elles choisiront peut-être de participer aux deux cultures (donc d’avoir deux identités) ou d’en choisir une comme principale (mettant ainsi l’accent sur une identité au détriment d’une autre).17 (Source omise)

Ce qu’ils disent

Le droit au mariage et les droits des conjoints de même sexe sont loin d’être une préoccupation pour un segment important de la population noire homosexuelle. Ces avantages leur sont interdits. Il faut d’abord régler d’autres questions structurelles.18

Le manque de reconnaissance l’oppression multiple n’entraîne pas uniquement la scission des identités, mais l’incapacité de contrer l’oppression globalement. Par exemple, un spécialiste canadien du droit fiscal a démontré que la redéfinition du conjoint dans la Loi canadienne sur le revenu pour inclure les couples de même sexe entraîne une perte nette de revenu après impôt pour les couples à faibles revenus, mais un gain net pour les couples où l’un des partenaires plus à l’aise soutient son conjoint de même sexe.19 Donc, même si la définition strictement hétérosexuelle du couple opprime toutes les personnes GLBTT dans la mesure où l’on nie la validité de leurs relations, la simple redéfinition du terme conjoint ajoute peu, et elle est même de nature à accroître les désavantages économiques de nombreuses personnes GLBTT et bi-spirituelles. Compte tenu des désavantages économiques relatifs des femmes et des personnes de couleur, pour ne nommer que celles-là, l’ajout des conjoints de même sexe aux types d’union dans le régime fiscal aura sans doute une incidence défavorable chez celles-ci. Comme l’a noté par un expert en droits de la personne, « le mariage profiter principalement aux personnes qui occupent déjà les échelons supérieurs de la hiérarchie de privilèges qui caractérise la société en général. »20

On peut illustrer le concept d’oppression complexe ou multiple grâce à une métaphore graphique. Imaginons que l’oppression et le désavantage relatif dans une société forment une ligne. Tout geste destiné à contrer l’oppression liée à un seul facteur d’identité, comme l’orientation sexuelle, serait alors considéré comme une tentative de franchir la ligne. Par ailleurs, contrer l’oppression de façon globale en s’attaquant à une partie ou à la totalité de ses axes vitaux serait tenu pour une tentative de l’effacer complètement. Ainsi, tout effort visant à contrer l’oppression et le désavantage relatif basés sur de multiples optiques et liés à plus d’un marqueur d’identité constitue, par définition, une action globale. Cette approche est essentielle à l’analyse du concept de l’oppression complexe ou multiple.

Questions et thèmes abordés dans les sondages et entrevues

L’homophobie dans les communautés ethniques et les familles

Ce qu’ils disent

J’ai grandi dans une famille progressiste, de sorte que je n’ai jamais connu le placard.21

Au Canada, on croit souvent que les communautés et les cultures non occidentales et non blanches sont plus homophobes que la culture blanche occidentale dominante. Ce postulat repose souvent sur des vues racistes, simplistes et non avérées quant au manque de raffinement ou au retard culturel des cultures non occidentales et non blanches. Le stéréotype est répandu et offensant, et quand on les a interrogées sur l’attitude générale de leur collectivité d’origine, nombre de personnes interrogées ont exprimé leur étonnement et leur irritation, et certaines s’y sont carrément objectées.

Certaines ont malgré tout exprimé des vues personnelles relativement à la nature et à l’étendue de l’homophobie au sein de leur collectivité d’origine. Peter Flegel, du Centre de recherche-action sur les relations raciales, à Montréal, a indiqué que des études sur l’incidence de l’homophobie dans les communautés afro-américaines s’avéraient au mieux peu concluantes, au pire contradictoires. De même, la réaction de participants au sondage laisse croire qu’il est impossible de faire des généralisations exactes au sujet des niveaux d’homophobie au sein de communautés ethniques entières. On peut regrouper les vues exprimées par les personnes interrogées en plusieurs sujets généraux.

Réflexions sur les attitudes générales au sein des collectivités d’origine

La question de l’homophobie suscite des opinions très diverses au sein des collectivités d’origine, à plusieurs niveaux.

Ce qu’ils disent

Dans toutes les communautés ethniques auxquelles j’appartiens, (les personnes GBTT de couleur et bi-spirituelles) sont souvent placés dans la catégorie des « pervers ». En général, l’attitude au sein de la communauté caribéenne est négative. Cela donne lieu à un humour axé sur des stéréotypes négatifs, à l’isolement, voire à l’acception de l’abus et de la violence par la société. La situation évolue toutefois, surtout depuis la visibilité accrue des personnes GLBTT et bi-spirituelles d’origine caribéenne.

Selon un Népalais qui réside maintenant au Canada, l’attitude générale de la communauté sud-asiatique envers l’homosexualité peut s’énoncer comme suit : « au mieux la tolérance, au pire la persécution ». Il note cependant que des membres de cette communauté su-asiatique l’ont appuyé quand il a avoué son homosexualité. Selon une femme d’origine sud-asiatique, « (les Torontois sud-asiatiques) sont en général homophobes. Ils nous rendent la vie difficile. Il y a cependant des exceptions et je connais beaucoup de gens exceptionnels. » Elle ajoute qu’il s’agit plus d’aliénation plus que d’exclusion. « Quand j’assiste à des activités générales ou que je fréquente des lieux sud-asiatiques, je ne m’y reconnais pas. » Une autre femme de descendance sud-asiatique décrit différemment la manifestation de l’homophobie dans sa communauté.

Puisque les personnes chargées d’organiser les activités culturelles indiennes ont souvent des idées traditionnelles, je crois qu’ils réagiraient mal. Cela n’est toutefois pas le cas des jeunes femmes indiennes et urbaines, qui ont parfois l’esprit plus ouvert.22

Ce qu’ils disent

Je connais beaucoup d’Asiatiques gais qui se sont affirmés à 16, 17 ou 18 ans, et dont la vie s’est déroulée très différemment de la mienne. J’ai avoué mon homosexualité à l’âge de 24 ans, après plusieurs de débat intérieur au sujet de mon identité sexuelle. Pendant des années, j’ai tenté de convaincre que j’étais bisexuel et j’ai fréquenté des femmes. Mes parents se sont intéressés à mon développement, ce qui est plutôt rare dans une famille asiatique où l’on prise l’intimité et où les enfants quittent le foyer armés de la notion occidentale d’autonomie à tout prix. Mon père s’est tellement immiscé dans ma vie que toute idée de m’affirmer aurait été presque suicidaire. Voulant demeurer près de ma mère et de ma sœur, j’ai choisi la coexistence et le secret, un compromis très asiatique, et n’ai révélé mon homosexualité qu’au moment où je savais que la réaction serait favorable. Je suis maintenant plus ouvert en ce qui a trait à ma sexualité et à toutes les facettes de ma vie, beaucoup plus que la majorité des Asiatiques gais que je connais.23

Un participant d’origine indo-caribéenne souligne que même si l’attitude envers l’homosexualité des communautés caribéennes et indo-caribéennes est en général négative, la situation évolue. Interrogé sur la difficulté relative d’avouer son homosexualité dans ces communautés par rapport aux communautés blanches occidentales, il répond : « Je dirais que c’est tout simplement différent, car j’ai du m’affirmer à la fois dans la culture de la majorité et dans la culture sud-asiatique et caribéenne ».

Selon un Mi’kmaq du Canada qui avoue être gai24 et qui vit dans l’Est du Canada, l’attitude envers l’homosexualité au sein de sa communauté d’origine ne diffère pas tellement de celle de la société canadienne en général. Toutefois, quand on aborde la question d’avouer son homosexualité, il déclare : « Quand on vit dans une réserve, c’est beaucoup plus difficile. Les gens ne comprennent pas vraiment et ils ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas ». Peter Flegel, Montréalais gai et noir, estime pour sa part que « malgré les progrès accomplis, il semble que la communauté canadienne noire soit plus homophobe que la population canadienne en général. L’idée que la communauté noire est, en fait, plus homophobe n’est pas fausse. »

La colonisation

Bien que nous ayons subi votre influence Cela n’est ni nous Ni vous. Et nous recommençons.25

Ce qu’ils disent

De nos jours, les communautés musulmanes installées en Occident sont en général plus homophobes que les nations judéo-chrétiennes occidentales. Mais dans une large mesure, l’homophobie qui prévaut au sein de celles-ci s’inscrit dans un mouvement anti-impérialiste qui vise à résister à tout ce qui est considéré comme des vues occidentales et modernes sur la sexualité et l’identité sexuelle. Mais il y a eu des périodes dans l’histoire de l’Islam où l’Occident était tenu pour beaucoup moins tolérant envers la différence sexuelle et plus enclin à qualifier ces comportements d’hérétiques.26

Plusieurs participants ont soulevé un autre point important : s’il est vrai que certaines communautés d’origine sont homophobes, ces attitudes ont été héritées des Européens et des Occidentaux. Comme le note Peter Flegel, « l’homophobie des communautés ethniques est le fruit de la colonisation européenne. Dans plusieurs sociétés africaines, les gais et les lesbiennes détenaient des fonctions sociales et religieuses spéciales et étaient respectées par les autres membres de la collectivité. Après la colonisation, les Africains ont commencé à ériger l’homophobie européenne en tradition »,

Dans le rapport intitulé We Are Part of a Tradition: A Guide on Two-Spirited People for First Nations Communities, Deschamps affirme ce qui suit.

De nos jours, les sociétés occidentales nous voient comme des homos, des gouines, des tapettes et des pervers. Bien des collectivités autochtones ont adopté des attitudes négatives et beaucoup de personnes bi-spirituelles ont été ostracisées par leurs semblables. En tant que personnes bi-spirituelles, nous entendons réclamer notre juste place dans le grand cercle des peuples autochtones.

Nous en sommes venus à considérer les autochtones bi-spirituels comme des gens dégoûtants et pervers. Or, nous savons qu’avant la colonisation, la bi-spiritualité était considérée comme un don prometteur rempli de possibilités. Les personnes bi-spirituelles méritaient le plus grand respect de leurs collectivités, où ils servaient de visionnaires et de guérisseurs. Nous savons à présent que nous continuons d’avoir une place spirituelle dans notre monde.

Par la décolonisation, nous, personnes bi-spirituelles, tentons de regagner notre rôle traditionnel au sein de nos collectivités et de reprendre ainsi la place qui nous revient.27

Un autre facteur que passent sous silence nombre de critiques de la présumée homophobie des gens de couleur et des Premières nations est le fait que dans ces communautés, l’homophobie fait souvent partie d’un mécanisme de défense propre aux peuples assiégés. Voici ce qu’un Sud-Asiatique a déclaré au sujet de sa famille : « Ma famille croit qu’une minorité a déjà la vie difficile, que je vais me retrouver de plus en plus seul en vieillissant, que je serai rejeté à mon lieu de travail. »28

Ce qu’ils disent

Mon père a été victime de beaucoup de racisme à son arrivée au Canada, à la fin des années 60. Il disait que lorsqu’on possède déjà un handicap, on n’en a pas besoin d’un deuxième.29

Une jeune femme bisexuelle d’origine ethnique mixte a observé « une tension, notamment au sein de la communauté noire. (L’homosexualité) est davantage un tabou dans la communauté noire, où l’on tire une grande fierté de son hétérosexualité ». Cette fierté semble tenir au fait que les communautés assiégées sentent souvent le besoin d’atteindre un niveau de perfection supérieur, pour éviter que leur normalité, voire leur humanité, soient remises en question. Un homosexuel affirme : « Je crois que les Autochtones exigent davantage d’eux-mêmes, de sorte que l’homosexualité est souvent liées à l’échec, peu importe la réussite personnelle ». Voici comment d’autres ont décrit le mécanisme de défense propre aux gens assiégés.

Pour nombre de leaders et militants noirs, affirmer son homosexualité menace le capital culturel. L’homosexualité représente une menace à la survie des communautés noires.30 (Source omise)

Il se peut que l’hostilité au sein de la communauté autochtone (homophobie, intolérance et discrimination liée au VIH-sida) soit le résultat de « l’oppression, du racisme et de la colonisation » subis par les Premières nations (Matiation & Jurgens, 1998, Canadian HIV/AIDS Legal Network, 1996), ce qui a creusé un fossé entre la tradition culturelle et l’adoption d’attitudes homophobes propres aux religions établies.31

La communauté et la famille

Une autre question complexe souvent passée sous silence est la différence entre l’acception de la collectivité en général et la réaction des membres de la famille. Une femme mentionne que sa communauté est généralement homophobe, mais que sa famille accepte son orientation et ses relations sexuelles.

« Je n’ai jamais subi de rejet. Ma famille n’est pas à l’aise, mais elle n’est pas homophobe non plus, et elle a posé des gestes concrets : elle a assisté à une cérémonie d’engagement en mon honneur, quelques-unes de mes tantes ont invité ma partenaire à des réunions familiales, ma sœur ne rate jamais l’occasion de mentionner que je suis lesbienne pour sortir l’homosexualité de l’ombre et informer, et mon père a même commencé à poser des questions au sujet de ma conjointe. C’est mon assurance et mon ardent désir de sortir du placard qui ont le plus aidé. Dès que ma famille a appris que j’étais lesbienne et “ saine ”, on a cessé de s’inquiéter à mon sujet (je crois). »34

Ce qu’ils disent

Aujourd’hui, c’est beaucoup mieux. Comme moi, ils ont eu le temps d’apprendre et de grandir. L’amour inconditionnel de ma famille s’est traduit par un appui exceptionnel à mon travail, à l’école et dans mes activités bénévoles, qui incluent des causes gaies. Ils sont même intervenus à l’église ou en famille pour dénoncer des commentaires homophobes.32

J’ai reçu l’appui de presque toute la famille, qui craint seulement la violence faite aux gais.33

Observations

Il faut manifestement éviter d’être simpliste en ce qui a trait au niveau d’homophobie des collectivités des Premières nations et des personnes de couleur. Cela est plus productif et plus sensé aux fins d’analyse. L’important, c’est de comprendre la façon dont l’homophobie affecte les personnes GLBTT et bi-spirituelles. Comme l’indiquent clairement les réactions à notre sondage, l’effet peut se révéler dévastateur, et d’autant plus complexe car les personnes GLBTT et bi-spirituelles sont souvent forcées de choisir, à contrecœur, entre la sécurité de leurs collectivités contre le racisme et l’affirmation de leur identité, y compris leur homosexualité.

Vivre dans un pays blanc

Ce qu’ils disent

J’appartiens à la communauté gaie sud-asiatique de Toronto. J’y ai des amis et je participe à des activités. J’y suis à l’aise parce que je m’y retrouve.35

Je me sens un peu exclu, peut-être parce que dans la collectivité homosexuelle, la norme, c’est d’être blanc. Qui dit communauté gaie de Toronto dit aussi communauté blanche. Dans le domaine qui me concerne le plus, on associe la communauté gaie aux jeunes hommes blancs. Tous les autres demeurent marginaux.

Au Canada, la société et la culture dominantes sont occidentales et blanches, et cela s’applique aux communautés GLBTT partout au pays. Il importe de souligner qu’on trouve également des communautés GLBTT de couleur et bi-spirituelles. N’empêche que les communautés GLBTT se composent principalement de Blancs et reflètent avant tout la culture et les valeurs occidentales. Un seul participant a déclaré ne pas se sentir exclu de la communauté GLBTT dominante. « Je ne me sens pas exclu et, comme je l’ai dit, je suis très actif au sein de la communauté (gaie). »

Les participants ont également souligné que la religion est un aspect important de la collectivité d’origine et de l’échelle de valeurs d’un grand nombre de personnes de couleur. Les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles subissent beaucoup de pression pour s’adapter à la communauté GLBTT dominante qui, en général, est insensible voire hostile à toute forme de religion organisée. Cela ne veut pas dire que cet antagonisme n’est pas fondé. En effet, de nombreuses institutions religieuses établies ont été coupables, pendant des siècles, de la dénonciation et de la persécution de personnes GLBTT partout dans le monde. Comme Keith Boykin le souligne dans son ouvrage intitulé One More River to Cross (un dernier obstacle à franchir), le discours violemment homophobe de la droite religieuse est absent des sermons des prêtres noirs où il pratique sa religion.36 En effet, nombre de personnes GLBTT de couleur, bi-spirituelles et de race blanche créent et découvrent des groupes religieux qui ne sont ni homophobes ni hétérosexistes. Ce faisant, elles redécouvrent leur propre spiritualité.

Ce qu’ils disent

Ma couleur fait de moi un étranger au sein des collectivités gaies habituelles. Je n’en ai pas encore trouvé une qui comprend ce que je vis comme personne de couleur. Je me sens aussi peu à ma place dans un club gai que dans un club hétéro.37

Je ne me sens pas exclu, mais mes semblables sont rarement représentés dans les médias gais.38

Plusieurs participants ont parlé d’aliénation relativement à leur expérience de la communauté GLBTT majoritairement occidentale et blanche. Comme l’indique une participante, « dans les lieux GLBTT, on fait peu de place à l’inclusion ou à la réflexion sur notre identité. Je dirais que cela ressemble plus à de l’aliénation ».

Ces sentiments d’aliénation naissent de plusieurs situations complexes et interdépendantes, entre autres l’insensibilité de la communauté occidentale blanche dominante face au racisme et aux simples différences culturelles de même que l’importance démesurée accordée aux modèles de beauté occidentaux et blancs dans les médias et les relations interpersonnelles.

En matière d’attirance physique et de relations intimes, les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles doivent souvent se contenter de passer inaperçues ou d’être ultra-visibles comme objets ethniques exotiques.

Ce qu’ils disent

La communauté gaie blanche accueille les hommes gais (de couleur) en raison de leur homosexualité et de leur exotisme, mais refuse d’aborder les questions d’ethnie et de race. En fait, je n’ai jamais vécu de racisme de ce type. Au sein de la communauté gaie, les homosexuels de couleur sont ou exotiques ou totalement indésirables parce qu’ils ne sont pas blonds aux yeux bleus. Bien entendu, d’autres facteurs servent à définir la désirabilité (tant sur le plan de l’orientation sexuelle que du sentiment d’appartenance à la collectivité), mais nul doute que la race entre en jeu.40

Aux yeux des Blancs, les Noirs sont des objets exotiques musclés, dominants et bien montés, alors que les jeunes Asiatiques sont considérés comme dociles et soumis. Ceux qui ne correspondent pas à ces images se sentent inadéquats. Ces comportements et stéréotypes renforcent l’attitude coloniale. Il est intéressant de noter que beaucoup de gais et de lesbiennes de couleur intériorisent ces attitudes en refusant de fréquenter des gens de leur propre ethnie ou race. De nombreux homosexuels noirs ne fréquentent pas leurs pairs, estimant que le jeu n’en vaut pas la chandelle.41

La peau foncée dénote un plus grand machisme.42

Certains affirment, avec impudeur, n’avoir aucun désir de nous connaître à cause de la couleur de notre peau.43

Réunis, ces comportements et attitudes servent à empêcher les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles de découvrir et de vivre leur pleine identité. Selon les participants, il est clair que les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles ont de la difficulté à surmonter la faible estime de soi, laquelle conduit à un comportement destructeur. Voici ce que déclare un intervenant qui travaille auprès de la communauté homosexuelle d’origine sud-asiatique : « Pour beaucoup de Sud-Asiatiques, il est facile de consentir à une relation sexuelle avec un Blanc, même si celui exige du sexe non protégé, car les Blancs représentent une espèce de trophée. On trouve aussi cette faible estime de soi chez les Premières nations. »39

Ce qu’ils disent

Les gens éprouvent d’énormes difficultés à se reconnaître dans la communauté gaie.45

Je crois que mon origine ethnique me rend moins attirant auprès de membres d’autres groupes raciaux, dans une culture qui valorise la race blanche. J’arrive parfois même à m’en convaincre!46

L’estime de soi est le principal obstacle. Je sais ce que c’est que de se sentir exclu toute sa vie et de vivre en plus l’ostracisme de la famille à cause de son origine ethnique ou de son orientation sexuelle. L’estime de soi est alors mise à très rude épreuve.47

Voici le commentaire d’un participant à un projet de recherche, dont les propos sont cités dans Voices of Two-Spirited Men: A Survey of Aboriginal Two-Spirited Men Across Canada (les voix des bi-spirituels : étude sur les Autochtones bi-spirituels au Canada) :

Le VIH est très répandu chez les Autochtones, où l’estime de soi est faible. L’alcool et la drogue sont au cœur du problème. On boit et on se drogue pour se cacher, on a des relations sexuelles protégées ou non. Parfois on s’en fout éperdument. L’alcool et la drogues nous donnent parfois du courage. Le sexe importe peu; en réalité, c’est l’affection qui nous manque.

Le plus irritant, c’est que nombre d’homosexuels blancs savent qu’ils tirent, consciemment ou non, une forme de pouvoir de ce type interne de racisme présent chez un grand nombre d’homosexuels de couleur. À cet égard, voici le commentaire d’un participant : « On tient pour acquis qu’il faut que je succombe aux charmes du parfait gai nord-américain (grand, jeune et musclé). Si j’exprime mon désaccord, on m’accuse de rectitude politique. »44

Ce qui est aussi clair par contre, c’est que les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles peuvent surmonter la faible estime de soi causée par le racisme en cherchant la compagnie de leurs semblables.

Ce qu’ils disent

En raison de la relation difficile avec mon père, je rejetais mes origines chinoises et j’essayais même d’adopter le plus possible le comportement et l’apparence d’un Blanc. De plus, je mettais en valeur mon ascendance française en raison de son caractère blanc et désirable, surtout face au racisme de l’école primaire. À l’université, à Toronto, j’ai passé beaucoup de temps en compagnie d’amis de tous les coins du monde, et j’en suis venu à me rendre compte que j’étais bien « dans toutes mes peaux ma peau » (chinoise, française, canadienne) et que je pouvais toutes les accepter.48

Le racisme et l’oppression qui l’accompagne ne sont pas problématiques dans la seule communauté hétérosexuelle

Ce qu’ils disent

Un jour, dans un bar pour lesbiennes, une femme m’a traitée de shiva.49

Le racisme vient de l’idée que tous les homosexuels sont blancs. Cela nuit dangereusement aux homosexuels de couleur. Il est indéniable qu’on trouve du racisme au sein des principaux organismes GLBTT.50

On tient souvent pour acquis que les personnes victimes d’oppression et de discrimination sont moins enclines à en opprimer d’autres ou à faire preuve de discrimination. Ce n’est malheureusement pas le cas. Au sein de la communauté GLBTT blanche occidentale, le racisme a plus d’un visage, qu’il s’agisse de l’exclusion de certains bars ou boîtes de nuit ou de services de moindre qualité dans les restaurants et boutiques destinés à la clientèle GLBTT.

Réflexions sur l’oppression que subissent les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles au Canada

Il est clair, par conséquent, que les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles au Canada subissent une oppression complexe liée à la fois à l’orientation sexuelle, à l’origine ethnique et à la race. Celle-ci se manifeste tant par la discrimination directe que par l’oppression subtile et générale. L’encadré « Ce qu’ils disent » de la présente section illustre l’étendue et la complexité de l’oppression subie par les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles.

Ce qu’ils disent

Nous ne sommes à l’abri nulle part.51

L’oppression la plus pénible que j’ai subie est venue de féministes et d’organismes de défense des droits de la personne, d’une part parce que j’ai une tendance à l’extrémisme, et d’autre part, parce que ce sont des endroits où l’on ne s’attendrait pas (naïvement) à se heurter à ce genre d’attitude.52

On m’appelait paki à l’école primaire et tapette à l’école secondaire. On m’a battu parce que je portais un triangle rose sur ma veste. Comme je suis Arabe et que j’ai la peau foncée, je suis systématiquement interrogé, fouillé et suivi dans les aéroports, y compris au Canada. De plus, je n’ai pas accès aux prestations de conjoint qu’accordent les grandes entreprises.53

Au Canada, les personnes de couleur sont souvent contraintes à choisir entre leur communauté ethnique ou raciale et la communauté gaie majoritairement blanche. Le choix est déchirant.54

Les organismes et services qui répondent aux besoins propres des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles reçoivent peu d’appui financier. Et quand il se manifeste, il est insuffisant, de sorte que ces services et organismes doivent compter sur l’appui de bénévoles, ce qui finit par compliquer les choses. Nous avons besoin de personnel rémunéré à temps plein.55

Aucun financement n’est prévu pour faciliter l’autonomie des personnes de couleur, et celles-ci ont de la difficulté à mettre leur entreprise sur pied. Après avoir parlé de diversité pendant des années, le peu qui en reste se perd dans la culture de consommation. On ne donne que l’impression de l’inclusion.56

Miser sur les forces des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles

Ce qu’ils disent

Je suis consciente de toutes les facettes qui constitue mon identité pleine et entière. J’en tire une force.57

Je crois que mon origine ethnique a permis une analyse plus positive des questions gaies et m’a donné une meilleure compréhension des genres de discrimination qui assaillent les gens.58

Malgré les nombreux défis à relever et des revers angoissants, les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles connaissent souvent leurs forces et parviennent à relever les défis.

Ce qu’ils disent

Souvent, les jeunes bi-spirituels qui arrivent sont la cible de Blancs plus âgés qui ne réussissent pas à attirer d’autres hommes. Il faut dire que les jeunes bi-spirituels et même les plus âgés ont une faible estime de soi, ce qui les incite souvent à adopter certaines habitudes. Mais je ne suis pas prêt à dire que les choses s’arrêtent là. Il y a aussi beaucoup de progrès. Beaucoup de bi-spirituels retrouvent des racines et raniment des flammes éteintes par nos grands-parents et aïeux. Ceux qu’on appelle bi-spirituels sont aussi connues comme de grands orateurs, enseignants, artistes et avocats. Mais ceux qui attirent plus notre attention semblent être ceux qui traînent dans la rue.59

Contrer l’oppression que subissent les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles

Ce qu’ils disent

En général, chaque groupe subit une forme d’oppression et aucun n’aime qu’on lui en rappelle d’autres, surtout s’il semble contribuer à d’autres formes d’oppression ou n’intervient pas pour y mettre fin.68

Les réponses les plus homogènes sur une question concernent l’oppression que subissent les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles : peut-on l’aborder sans adopter une approche qui englobe tous les aspects de leur identité et de leur oppression? Voici quelques-unes des réponses à la question suivante : « Est-il possible de combattre une source d’oppression ou de désavantage connexe (p. ex., oppression liée à la race seulement) sans tenir compte de tous les aspects de votre ou vos identités? Veuillez expliquer pourquoi cela est ou n’est pas possible. »

Ce qu’ils disent

Non, parce que ma personnalité ne se limite pas à ma couleur ou à mon homosexualité. L’oppression que je subis ou que j’ai subie se ressemble. Le racisme et l’homophobie concernent le pouvoir : celui de dicter la prestation des services, l’accès à l’emploi, au logement ou à l’éducation, la façon dont les familles choisissent de vivre. Le lien entre les deux est tenace.60

Non. Nous cherchons tous un prétexte à la haine. Peu importe la cible, pourvu qu’il reste une source d’oppression.61

Il faut combattre l’oppression de manière globale, cesser d’exercer de la discrimination les uns envers les autres. Il n’y a pas des types ou de niveaux d’oppression; c’est du pareil au même.62

Cela vient par bloc. Il est impossible d’isoler un sentiment lié à l’expérience globale d’une personne.63

Cela est possible, mais non souhaitable d’après moi. Toutes les oppressions se ressemblent, et il faut les combattre aussi impitoyablement que possible. J’ignore toutefois comment y arriver à cela.64

Non, parce qu’elles font toutes partie de la personnalité. Il est utile d’examiner une forme d’oppression sous l’optique d’une autre, pour mieux comprendre.65

Peut-être, mais d’ici à ce qu’on réduise l’oppression de minorités basée sur l’orientation sexuelle dans nos communautés mêmes, la vaste majorité de la communauté gaie sera toujours blanche. À cet égard, un effort concerté vaudrait mieux qu’une approche centrée sur un seul facteur.66

Il est difficile de séparer les diverses facettes de mon identité. Le racisme, l’homophobie, l’hétérosexisme ou le sexisme ne sont jamais manifestes, et il est difficile de discerner une pratique discriminatoire.67

Malheureusement, la plupart des organismes voués au changement social n’adoptent pas d’approche globale pour combattre l’oppression.

Conclusion

Ni l’oppression complexe que subissent les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles ni ses effets sont hypothétiques ou intellectuels. Ils sont très réels.

Nous avons observé que les idées suicidaires sont plus fréquentes chez les homosexuels issus de minorités raciales ou ethniques que chez les homosexuels blancs (contrairement à la tendance observée dans la population générale). Notre étude n’a pas pour objet d’examiner si certains facteurs culturels contribuent aux idées suicidaires chez les Sud-Américains. En général cependant, une minorité dépréciée au sein d’une autre peut être plus encline aux tendances suicidaires. Par exemple, les membres homosexuels d’une minorité ethnique sont souvent reniés par leurs propres institutions sociales et celles de la majorité, y compris celles qui offrent habituellement un réconfort psychologique dans des cas de symptômes de détresse.69

Le risque de suicide est dangereusement élevé pour les personnes bi-spirituelles (notamment les jeunes) dont l’identité est constamment assaillie par le racisme et l’homophobie.70

Sans aller jusqu’au suicide, les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles n’éprouvent pas moins une faible estime de soi, qui les mènent souvent à adopter un comportement auto-destructeur.

Les résultats (de notre recherche sur les hommes bi-spirituels) démontrent que les répondants subissent beaucoup de pression personnelle et sociale. Nombre d’entre eux ont été chômeurs et pauvres, ont éprouvé des problèmes de logement, ont subi l’homophobie, le racisme, la discrimination liée au VIH-sida et l’ostracisme de la collectivité autochtone, auxquels s’ajoutent les effets dévastateurs du VIH-sida dans leur propre vie ou celle de leurs proches.

Il y a 10 ans, Rekhart et al. (1991) a révélé que les taux d’infection de la population autochtone, d’abord inférieurs à ceux de la population générale, avaient dépassé ceux-ci. Neuf ans plus tard, les statistiques de Santé Canada indiquent que, malgré que les Autochtones ne représentent que 2,4 p. 100 de tous les cas ethniques de sida, la proportion annuelle des cas de sida chez les Autochtones est passée de 1 p. 100 avant 1990 à 15 p. 100 en 1999 (Santé Canada, 2000). Les chercheurs estiment que les cas d’infection sont peut-être encore sous-estimés en raison de la sous-déclaration, et parce que la collecte de données n’est pas effectuée par toutes les provinces, y compris le Québec et l’Ontario.71

Il faudra multiplier les efforts pour contrer l’oppression des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles en tant que personnes, et non comme un ensemble d’enjeux distincts. Bien entendu, cela veut dire qu’il faudra prendre en considération et défendre tous les aspects de leur identité et les sources d’oppression dont elles son la cible. D’ici là, les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles n’auront qu’un accès limité à la justice, à la dignité et à l’égalité. Tout au plus obtiendront-elles une égalité de statut, sans toutefois être égales.

Tant que les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles ne pourront pas parler de leur vécu sans devoir fragmenter leur identité, elles ne pourront jamais accompagner le poète Afro-Américain Marlon Riggs, avant de mourir de maladies liées au sida :

J’étais muet Je ne pouvais pas parler Je croulais dans l’ombre et le silence À présent je parle Et mon fardeau s’allège Se retire Libre.72

Recommandation

ÉGALE appuie la position de la réunion sur l’intolérance fondée sur l’orientation sexuelle, la discrimination multiple et autre du conseil préparatoire de la deuxième Conférence mondiale contre le racisme (CMCR), selon laquelle « on ne peut cloisonner l’identité humaine, et les victimes de discrimination fondée sur l’oppression multiple ne seront pas entièrement à l’abri du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et d’autres manifestations d’intolérance d’ici à ce que tous les aspects de leur identité individuelle soient officiellement protégés contre la discrimination ». Pour les raisons invoquées dans le rapport de recherche, ÉGALE Canada soutient sans équivoque la reconnaissance explicite de la déclaration et du programme d’action de la CMCR du fait que le racisme est accentué par d’autres formes de discrimination, y compris l’orientation sexuelle, et ne peut en être dissocié.

Notes

1 Trevor Gray, coordonnateur de « Men2gether », programme de Toronto (Canada) qui fournit information, soutien et services aux Noirs homosexuels (ci-après « Trevor Gray »).

2 Francisco Valdes (1995), « Sex and Race in Queer Legal Culture: Ruminations on Identities & Inter-Connectivities » (1995), 5 Cal. Rev. L. & Women’s Studies, 25-71, p. 35.

3 Fiona Meyer-Cook (1998), The Two-Spirit Papers: The impact of heterosexism and homophobia on Inuit and First Nations People’s Live, Montréal, Université McGill.

4 L’incident et la réaction de l’homme bi-spirituel ont été relatés dans le cadre d’une conversation avec Fiona Meyer-Cook.

5 Amnistie International (2001),Crimes of Hate: Conspiracy of silence, torture and ill-treatment based on sexual identity. Le texte intégral se trouve à www.ai-lgbt.org/ai_report_torture.htm

6 Mohammed Khan, homosexuel pakistanais et employé d’un organisme de Toronto (Canada), qui fournit information, soutient et services liés au VIH-sida aux Sud-Asiatiques (ci-après « Mohammed Khan »).

7 Anthony Mohamed, homosexuel Indo-Caribéen membre du comité consultatif qui a supervisé la rédation du présent (ci-après « Anthony Mohamed »).

8 Voir Nitya Duclos (1993), « Disappearing Women: Racial Minority Women in Human Rights Cases », 6 Canadian Journal of Women and the Law, 25.

9 Gilbert Deschamps (1998), « We Are Part of a Tradition: A Guide on Two-Spirited People for First Nations Communities », Toronto, 2-Spirited People of the 1st Nations, p. 1, 10 et 11 (ci-après « We Are Part of a Tradition »).

10 Cité dans Kimberley Crenshaw (1989), « Demarginalizing the Inter-section of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », 89 University of Chicago Legal Forum, 139, p. 153.

11 Darren Leonard Hutchinson (1997), « Out Yet Unseen: A Racial Critique of Gay and Lesbian Legal Theory and Political Discourse », 27-2 Connecticut Law Review, p. 561-645 (ci-après « Darren Hutchinson »).

12 Darren Hutchinson, p. 571.

13 Norman Liu se réclame homosexuel de race mixte (origine euro-asiatique, française et chinoise); il vit à Montréal (Canada) (ci-après « Norman Liu »).

14 Ros Salvador se présente actuellement comme lesbienne androgyne bi-raciale; elle au Canada (ci-après « Ros Salvador »).

15 John R. Keene, « Convergence of Hatreds », dans The Blackstripe, www.blackstripe.com/views/jkeene/luima.html

16 « We Are Part of a Tradition » (1992), rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, par Susan Beaver, directrice générale, 2-Spirited People of the 1st Nations, 25 juin, Native Canadian Center of Toronto, p. 13.

17 Richard S. Telfer, « Black Gay, Lesbian, and Bisexual Identities and the Activist Role of a Postmodern Sensibility in Dialogism », London (Ontario), 1999, www.sspp.net/archive/papers/3(2)telfer.htm (ci-après « Richard Telfer ».

18 Trevor Gray.

19 Claire F.L. Young, « Taxing Times for Lesbian and Gay Men: Equality at What Cost? », 17 Dalhousie Law Journal, p. 534-559. Young s’interroge sur la nécessité de redéfinir le mot « conjoint » dans la Loi sur le revenu afin d’inclure les couples de même sexe, notamment parce que « ce sont les couples où un partenaire dépend de l’autre sur le plan économique qui bénéficieront le plus de la reconnaissance comme conjoints en vertu de la Loi ». Pour un aperçu des façons dont le système de prestations de maternité profite aux femmes se trouvant dans une relation de dépendance, veuillez consulter Nitya Iyer, « Some Mothers Are Better Than Others: A Re-examination of Maternity Benefits », dans Susan B. Boyd, ed., (1997), Challenging the Public /Private Divide: Feminism, Law and Public Policy, Toronto, University of Toronto Press, p. 168-194.

20 Nitya Duclos (1991), « Some Complicating Thoughts on Same-Sex Marriage », 1 Law & Sexuality, 31, p. 58.

21 Ajay Bikram Thapa est un homosexuel originaire du Népal (ci-après « Ajay Thapa »).

22 Usha Bhatia est une femme bisexuelle de race mixte (Indo-Allemande) qui vit maintenant à Ottawa (Canada) (ci-après « Usha Bhatia »).

23 Norman Liu.

24 Fait intéressant à souligner, cet homme, dont on a tu le nom à sa demande, ne se dit pas bi-spirituel car il ignore à l’heure actuelle ce que le terme veut dire exactement.

25 Anguksuar, aussi connu sous le nom de Richard LaFortune (Yupik-Inuit) cité dans « We Are Part of a Tradition », rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, par Susan Beaver, directrice générale, 2-Spirited People of the 1st Nations, 25 juin, Native Canadian Center of Toronto, p. 22.

26 Mohammed Khan.

27 « We Are Part of a Tradition ».

28 Nom retenu sur demande. Cette personne est un homosexuel sud-asiatique.

29 Anthony Mohamed.

30 Richard Telfer.

31 Cité dans LaVerne Monette et Darcy Albert (2001), Voices of Two-Spirited Men: A Survey of Aboriginal Two-Spirited Men Across Canada, Toronto, 2-Spirited People of the 1st Nations, p. 27 (ci-après « Voices of Two-Spirited Men »).

32 Anthony Mohamed.

33 Nom retenu sur demande. Cette personne appartient à la première nation Mi’kmaq et vit au Nouveau-Brunswick (Canada).

34 Nom retenu sur demande. Cette personne est une Sud-Asiatique installée à Toronto (Canada).

35 Nom retenu sur demande. Cette personne est une Sud-Asiatique installée à Toronto (Canada).

36 Keith Boykin (1998), One More River to Cross: Black and Gay in America, New York, Doubleday

37 Christopher Boodram, homosexuel de race mixte (ci-après « Christopher Boodram »).

38 Anthony Mohamed.

39 « Voices of Two-Spirited Men ».

40 Christopher Boodram.

41 Peter Flegel.

42 Dunstan Egbert est un homosexuel sud-asiatique (Tamoul) installé à Toronto (Canada) (ci-après « Dunstan Egbert »).

43 Nom retenu sur demande. Cette personne est un homosexuel asiatique (Japon) qui vit en Colombie-Britannique (Canada).

44 Norman Liu.

45 Mohammed Khan.

46 Christopher Boodram.

47 Ros Salvador.

48 Norman Liu.

49 Nom retenu sur demande. Cette personne est originaire d’Asie du Sud (Inde); elle vit à Toronto (Canada).

50 Peter Flegel.

51 Ros Salvador.

52 Ros Salvador.

53 Anthony Mohamed.

54 Mohammed Khan.

55 Dunstan Egbert.

56 Christopher Smith.

57 Laura Burrows est une femme bisexuelle de race mixte installée à Ajax (Canada).

58 Usha Bhatia.

59 Nazareth, aîné bi-spirituel originaire du nord de l’Ontario installé à Vancouver (Canada).

60 Anthony Mohamed.

61 Ajay Thapa.

62 Nom retenu sur demande. Cette personne appartient à la premières nations Mi’kmaq et vit au Nouveau-Brunswick (Canada).

63 BGM est un homosexuel noir originaire des Caraïbes.

64 Christopher Boodram.

65 Norman Liu.

66 Nom retenu sur demande. Cette personne est un homosexuel sud-asiatique.

67 Usha Bhatia.

68 Ros Salvador.

69 Cité dans Pierre J. Tremblay, « The Additional Problems of Gay, Lesbian, and Bisexual Youth of Colour », dans The Gay, Lesbian, and Bisexual Factor in the Youth Suicide Problem, www.sws.soton.ac.uk/gay-youth-suicide/04-gay-youth-of-colour.htm

70 « Voices of Two-Spirited Men ».

71 « Voices of Two-Spirited Men ».

72 Marlon T. Riggs (1991), « Tongues Untied », dans Brother to Brother: New Writings by Black Gay Men, 200, 205, Essex Hemphill, ed.

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